Le Royaume-Uni, unité d’embouteillage déportée de l’Australie ?
L’embouteillage du vin au Royaume-Uni, une pratique courante jusqu’après la Deuxième Guerre mondiale, était quasiment tombé en désuétude avant de repartir dans les années 2000. Une proportion de ces vins étant réexportée vers l’UE, cette embellie touche-t-elle à sa fin post Brexit ?
Le Royaume-Uni est le premier importateur de vins en vrac au monde en valeur, avec 263,5 Ml et 347,5 M$ sur la période janvier-juin 2020, selon Il Corriere Vinicola, chiffres que l’on peut donc extrapoler à environ 530 Ml et 700 M$ sur l’année 2020, soit 17,5% des importations britanniques de vin en valeur (4 Md$) et 35% en volume (1,5 Mdl). Les vins du Nouveau Monde, notamment les vins australiens dont 85% sont importés en vrac, représentent la grande majorité de ces volumes.
L’embouteillage local a une justification à la fois économique et écologique. Il permet non seulement de réaliser des économies substantielles sur le transport maritime au long cours des vins du Nouveau Monde, mais aussi de diminuer substantiellement l’empreinte carbone des produits concernés. Ce dernier argument est, bien sûr, celui qui est systématiquement mis en avant, alors que le transfert de valeur ajouté des pays producteurs vers le Royaume-Uni n’est quasiment jamais mentionné. L’embouteillage local permet aussi de gommer l’origine géographique des vins de cépage et donc de substituer une origine à une autre, soit meilleur marché, soit disponible en plus grande quantité si besoin est.
Concentration des opérateurs
Ces différentes raisons expliquent le succès de cette approche et quatre embouteilleurs britanniques se partagent aujourd’hui la plus grande partie de cette activité, certes compétitive, mais surtout fort lucrative : Broadland Drinks, Greencroft Bottling, le verrier Encirc – anciennement Quinn Glass, racheté par l’Espagnol Vidrala en 2015 avec deux sites, l’un en Angleterre, l’autre en Irlande du Nord – et The Park, site high-tech d’une capacité de 1 200 bouteilles par minute, construit à Bristol par le groupe australien Accolade en 2008 et vendu à Tritax Big Box pour 90 M£ en avril 2021.
Même si la plus grande partie des vins embouteillés au Royaume-Uni est vendue localement, une certaine proportion est réexportée en Europe et les complications logistiques dues au Brexit ont fait craindre la disparition de ces volumes. Effectivement, les derniers chiffres export de Wines of Australia à fin septembre 2021 montrent une progression des expéditions en vrac vers tous les pays d’Europe de l’Ouest. En France, par exemple, les exportations de vins australiens en vrac, dont le plus gros volume est absorbé par LGCF, s’élèvent à 9,5 Ml pour un CA de 12,6 M$ AU à fin septembre 2021, en progression de respectivement 6,7% et 2,3%. Rien toutefois en comparaison des 217,3 Ml importés par le Royaume-Uni pour 288,7 M$ AU.
Entre la récolte 2021, pléthorique en Australie, et les accords de libre-échange négociés par le gouvernement britannique avec de plus en plus de pays tiers, l’embouteillage au Royaume-Uni semble avoir encore un bel avenir.
Source : Wine Australia https://www.wineaustralia.com/market-insights/united-kingdom
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