« Le marché du vrac va démarrer fort, en particulier pour les blancs et les rosés »
Florian Ceschi, directeur du cabinet de courtage Ciatti Europe, spécialisé dans la vente de vin en vrac, décrypte les caractéristiques des transactions sur le nouveau millésime et alerte sur les difficultés logistiques pour exporter.
Quel est le niveau d’activité sur les transactions en vrac ?
Florian Ceschi : Le marché est encore calme. Seuls des contrats pour des vins « extrêmes » sont passés. Par « extrêmes » j’entends, soit des vins d’entrée de gamme à prix très compétitifs, soit, au contraire, des vins haut de gamme extrêmement chers. Que ce soit dans le Languedoc ou plus largement dans le sud de la France, ce second type de vin sera très difficile à trouver sur ce nouveau millésime. Les conditions météorologiques font que l’on nous propose des degrés mais sans la couleur, ou de la couleur mais sans les degrés. En vallée du Rhône, par exemple, on trouvera des grenaches avec les degrés nécessaires, mais avec une intensité colorante de six points lorsqu’on en voudrait entre huit et dix. En Languedoc, on trouvera davantage de couleurs dans les syrahs, merlots et autres cabernets mais on ne dépasse pas les 14°. Cette année, c’est la quête impossible !
Selon les couleurs, comment anticipez-vous le marché du vrac cette année ?
F.C. : C’est sur les blancs que la pression va être la plus forte, en vins IGP ou VDF. Il y a une pénurie au niveau mondial. Les chardonnays et les sauvignons sont très difficiles à trouver en grande quantité. Fin décembre, tous les volumes en blanc seront commercialisés. En ce qui concerne le rosé, le millésime a eu une quinzaine de jours de retard. Les transactions vont commencer. Le marché va sans doute démarrer fort car il y aura beaucoup de raisins rouges – de qualité moyenne ou rentrés tard faute de maturation – qui seront fléchés vers du rosé. Les acheteurs de rosé vont se presser pour être sûrs d’avoir les meilleures qualités sur 2021. Le marché du rouge n’a pas encore démarré. Une fois les plus belles qualités vendues sur les trois couleurs, le marché des cœurs de gamme sera plus lent.
Si le blanc concentre cette année les enjeux, quelle est la position des producteurs ?
F.C. : Les premiers blancs du nouveau millésime ont fait leur apparition il y a trois semaines en Languedoc. En raison de la pression sur cette couleur, le producteur souhaite vendre son blanc à un acheteur qui sera en mesure de lui acheter également son rosé et son rouge. Tous les acheteurs n’ont pas besoin de rosé et de rouge : cette situation redonne donc du pouvoir aux opérateurs généralistes qui peuvent acheter l’intégralité d’une cave. Ajoutons-y le fait que la qualité n’est pas au rendez-vous cette année, et cela complique un peu plus les choses.
Pouvez-vous donner quelques indicateurs de prix de ce marché du vrac ?
F.C. : Les vins de France se négocient autour de 70 €/hl, quand un IGP rouge très haut de gamme, normalement autour de 90 €/hl, frise actuellement les 150 €. Certains opérateurs asiatiques, chinois notamment, ont bénéficié pendant des années d’un sourcing facile auprès de l’Australie ou du Chili. Aujourd’hui, comme les accords douaniers ont changé et que le millésime en Amérique du Sud est de petite qualité, ces acheteurs se retrouvent à chercher des alternatives en s’approvisionnant en Europe pour des vins plus haut de gamme et au prix plus élevé. C’est plutôt une bonne nouvelle pour les vins français, malheureusement cela arrive l’année où ni les volumes ni la qualité ne seront au rendez-vous…
Qu’en est-il des vins d’entrée de gamme ?
F.C. : Pour le Languedoc, c’est plutôt une bonne chose car cela apporte une solution sur les 2020, année où les rouges ont été peu contractualisés. Le souci portera plutôt sur les 4 Mhl qui vont manquer au millésime 2021. Pour le moment, on puise dans les stocks, mais dans six mois ? Pourra-t-on faire pareil sachant que le millésime 2021 ne sera pas terrible ?
Quelle est la situation pour les vins bio ou sous label environnemental ?
F.C. : L’année va être compliquée pour le bio, avec des manques de volume à venir. Cela va faire monter les prix avec des écarts pouvant parfois aller du simple au double. Tous les montants circulent. En ce qui concerne le label Terra Vitis, le groupe Castel achète quasiment tous les volumes disponibles en Languedoc. Pour ce qui est de la HVE, pas de mainmise, mais plutôt des opérateurs qui revendent à la grande distribution depuis quelques années. Cela se vendra facilement.
Rencontrez-vous des difficultés particulières à exporter ?
F.C. : Il n’y a rien de nouveau en ce qui concerne les contraintes douanières. En revanche, il y a un vrai souci logistique. Nous rencontrons de réelles difficultés à trouver des bateaux et des places dessus. Tout le monde est logé à la même enseigne. Il ne faut pas être pressé. Si les transporteurs ont parfois des disponibilités, c’est souvent au dernier moment. Toute la question, pour nous, est de savoir si notre acheteur est en mesure d’attendre.
Quels sont les marchés qui pourraient être pénalisés par ce problème de logistique ?
F.C. : Nous sommes actuellement à une étape clé pour expédier les vins en vue du Nouvel An chinois. Il faut que les marchandises arrivent en Chine avant fin janvier. Durant les quatre prochaines semaines, le prix d’une place sur un porte-conteneurs ne sera pas discuté. L’élément bloquant d’une expédition ne sera pas le prix mais bien la place. Cela nous inquiète fortement car les vins sont contractualisés et que nous enregistrons déjà des retards de un à deux mois en raison de ce problème de transport. Nous assistons en parallèle à une concentration des acteurs du transport : en 2020, un expéditeur pouvait solliciter jusqu’à trois opérateurs pour ses envois. Désormais, ces trois interlocuteurs ne sont souvent plus qu’un seul et même opérateur.
Lire le dossier « Échanges mondiaux de vin en vrac » :
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