Le vrac, solution d'avenir ?
Le marché du vin en vrac obéit à des contraintes logistiques spécifiques. Est-il une solution à la crise du transport maritime du moment et à l’exigence de réduction du bilan carbone du fret ?
Plantons d’abord le décor, avec Thomas Sammarcelli, manager France de VinLog, la solution de transport dédiée aux vins et spiritueux de Kuehne+Nagel : « Selon l’OIV, en 2020, sur l’ensemble des échanges internationaux, 40%, soit environ 40 Mhl, ont fait l’objet d’un transport/exportation en vrac avant conditionnement et consommation. La demande est essentiellement européenne. La France, notamment, importe près de 17% des volumes. Du côté de l’offre, si l’Espagne, l’Italie et la France figurent parmi les exportateurs historiques de vrac, les pays dits du “Nouveau Monde” (Chili, États-Unis, Afrique du Sud et Australie) représentent maintenant 35 à 40% des exportations mondiales de vrac. »
Poursuivons sur la conjoncture, avec Patrick Bongard, directeur de l’agence bordelaise de Hillebrand : « 2021 est plutôt une année de normalisation pour le vrac, après un exercice 2020 atypique, avec des flux importants vers les États- Unis visant à échapper à la taxe Trump qui frappait les vins en bouteille, en particulier les rosés de Provence. 2022 sera probablement encore une année de forte activité. En effet, nous anticipons des importations massives de vrac en Europe, en provenance du Chili et d’Afrique du Sud, afin de compenser les faibles récoltes française, espagnole et italienne. »
Abordons maintenant les solutions logistiques : « Le transport de vin en vrac nécessite des produits très spécifiques, explique Thomas Sammarcelli. Ils se divisent sommairement entre le transport en citernes (intra-européen) et le transport en conteneurs… C’est là que VinLog intervient avec sa solution Blue Tank, des flexibags d’une capacité de 240 hl. » « Le vrac représente 5 à 7% de notre CA, complète Patrick Bongard. Peu présents sur le marché des citernes routières, nous intervenons principalement sur les flux transocéaniques, notamment grâce au spécialiste britannique du transport de liquides en vrac Braid, dont Hillebrand a fait l’acquisition l’an passé. »« Transporter 24 000 l en vrac dans un conteneur, au lieu de 15 000 en bouteilles paraît tentant dans le contexte actuel, reconnaît Patrick Bongard. Pour autant, cette solution est interdite ou commercialement inadaptée pour de nombreuses AOP. Qui plus est, elle implique des solutions d’embouteillage fiables sur le lieu de destination, ce qui n’est pas souvent le cas. » Et le même d’ajouter que le vrac est confronté à une autre difficulté spécifique : « Les temps d’attente aux États-Unis, 14 jours habituellement, ont été multipliés par 2 ou 3, avec comme conséquence un surcroît d’attention pour supporter un séjour plus long en mer. »
La situation ne devrait pas se résorber rapidement, selon Thomas Sammarcelli. « Fin octobre, plus de 510 porte-conteneurs étaient bloqués en attente de déchargement à l’entrée des ports partout dans le monde. La situation ne va pas s’améliorer avant le 4e trimestre 2022. Je parle là de la capacité à trouver des conteneurs, des transporteurs routiers, des places sur les navires et donc, aussi, de l’approvisionnement des flexibags. Il faut en conséquence planifier avec nos clients des semaines à l’avance afin de prioriser. »
Au-delà des difficultés conjoncturelles, se pose la question de savoir si le vrac est une meilleure solution environnementale que la bouteille. « Entre les 24 000 l d’un flexitank et les 15 000 bouteilles dans un même conteneur, le bilan carbone est forcément favorable au vrac, reconnaît Patrick Bongard. Pour autant, les flexitanks sont à usage unique. C’est pour quoi les équipes R&D de Hillebrand travaillent sur la récupération et le recyclage des équipements. »
Lire le dossier « Échanges mondiaux de vin en vrac » :
- Manque de vin en UE, carton plein dans l'hémisphère Sud
- Le vrac, solution d'avenir ?
- « Le marché du vrac va démarrer fort, en particulier pour les blancs et les rosés »
- Le vrac, atout et handicap de la production espagnole
- L'Australie augmente ses exportations de vin en vrac
- Le Royaume-Uni, unité d'embouteillage déportée en Australie
- Belgique : la nouvelle usine d’embouteillage de Delhaize ouvrira en mars 2022
- L'embouteillage américain des rosées de Vranken-Pommery a payé
- L’Argentine vise de 8 à 10% du marché mondial du vrac
- La Chine importe toujours plus de vins chiliens en vrac


Chinon : des ventes en baisse et une communication en recul 

