L’acheminement, critère central de décision pour les importateurs japonais
Pendant longtemps, la logistique a été perçue comme une variable technique, secondaire dans les décisions des importateurs de vins et spiritueux au Japon. Cette époque est révolue. Depuis fin 2023, les bouleversements des routes maritimes entre l’Europe et l’Asie ont profondément modifié l’équation économique.
Allongement des délais, hausse des coûts, multiplication des risques qualité et tensions sur les conditions de paiement : importer du vin ou des spiritueux au Japon est devenu un exercice complexe, dans un marché pourtant réputé pour sa rigueur et sa stabilité.
Les tensions persistantes autour du canal de Suez et les problématiques de sécurité en mer Rouge ont entraîné une reconfiguration majeure des flux maritimes entre l’Europe et l’Asie. Aujourd’hui, la majorité des navires reliant l’Europe au Japon contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Un transport maritime, qui nécessitait historiquement 35 à 40 jours entre l’Europe de l’Ouest et le Japon, s’établit désormais entre 55 et 65 jours, voire davantage en cas de congestion portuaire. Cet allongement de 20 à 30 jours est désormais considéré comme la nouvelle norme.
La quasi-disparition des lignes maritimes directes entre l’Europe et le Japon constitue un autre changement structurel majeur. Les expéditions transitent désormais par des hubs régionaux, notamment en Asie du Sud-Est ou en Chine, avant d’être redistribuées vers l’archipel japonais. « La faiblesse de la demande pousse les compagnies maritimes à multiplier les escales, allongeant les temps de transit. Dès 2026, de nombreux services directs vers le Japon disparaîtront au profit du transbordement, combiné au contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance », annonce Matthieu Talbot, responsable commercial TMT. Ce fonctionnement par transbordement implique des délais supplémentaires, une variabilité accrue des dates d’arrivée et une perte de visibilité pour les importateurs.
Augmentation des risques de dégradation
Chaque transbordement implique une manipulation supplémentaire du conteneur, augmentant les risques de casse, de chocs sur palettes et d’exposition prolongée à la chaleur. Les professionnels constatent un net accroissement des incidents qualité et des litiges à l’arrivée. Le rallongement des routes maritimes expose aussi les conteneurs à des zones de forte chaleur pendant des périodes prolongées. Le Japon connaît par ailleurs des étés plus longs et plus chauds, accentuant le risque de coup de chaleur pour les vins sensibles.
Provenance Europe ou Pacifique, un arbitrage stratégique
L’allongement des délais et la complexification des flux se traduisent par une hausse du coût logistique total rendu Japon, estimée entre +40 et +60% sur certaines lignes européennes depuis 2023. À cela s’ajoutent des coûts domestiques en hausse, liés au transport et au stockage. Le yen, durablement faible, amplifie mécaniquement chaque surcoût logistique. Les importateurs cherchent à limiter les volumes importés, à réduire les stocks et à privilégier les références à rotation rapide.
Si les flux européens affichent aujourd’hui des délais de 55 à 65 jours, avec un à deux transbordements et une forte variabilité, les flux en provenance du Chili et d’Australie présentent des délais plus courts, entre 20 et 30 jours, avec une meilleure fiabilité, ce qui les rend particulièrement attractifs pour les références à forte rotation.
Maîtriser les délais, les coûts, les risques qualité et la trésorerie est désormais devenu aussi déterminant pour les importateurs que le choix des produits eux-mêmes.
Témoignage d’acheteur
« Il y a quelques années, les sujets logistiques étaient accessoires dans nos décisions d’achat. Aujourd’hui, la logistique est devenue un critère majeur. L’allongement des délais de livraison des vins européens pose aussi des problèmes de paiement : les importateurs souhaitent inspecter la marchandise avant règlement, mais avec des transports aussi longs, il devient difficile pour les fournisseurs d’accepter des paiements à 90 jours, d’autant que les assurances crédits couvrent rarement au-delà de 60 jours. »
Claude James, acheteur chez Cordon Vert - Aeon


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