Hong Kong soigne sa logistique
En 2008, Hong Kong abolissait ses droits de douane sur les vins importés, pierre angulaire d'une stratégie de hub. Cette stratégie comporte également un volet promotionnel avec, en particulier, la Hong Kong International Wine and Spirits Fair organisée par le HKTDC, des actions de formation et enfin le développement des capacités logistiques pour transporter, stocker et distribuer dans les meilleures conditions possibles un produit fragile comme le vin. Pour se rendre compte de l’étendue de cette tâche, rappelons que le vin a coulé à flots à Hong Kong ces trois dernières dernières années avec des importations passées entre 2008 et 2010 de 1,6 à 3,7 millions de caisses pour une valeur qui a bondi sur la même période de 367 à 895 M$ US.
Les vins fins constituent une part importante de ce marché, notamment ceux proposés dans les ventes aux enchères et ceux rapatriés par les collectionneurs hongkongais, qui les stockaient auparavant ailleurs, à Londres principalement. De ce fait, de nombreux opérateurs proposent des services de transport par conteneur réfrigéré (reefer). « Ce n'est pas forcément exorbitant, explique Mario Aron, directeur régional Asie de Giorgio Gori, filiale de DHL spécialisée dans la logistique du vin. Le transport n'entre que pour 2,5% dans le prix final du produit. Même si un reefer coûte cinq fois plus qu'un conteneur ordinaire, la différence ne joue que marginalement. »
Le stockage sur place est devenu une affaire bien rodée. Crown Wine Cellars, pionnier du secteur, dispose aujourd'hui d'une capacité de stockage d'un million de cols dans des conditions physiques optimales (température, hygrométrie, lumière, etc.). « Nous construisons une nouvelle cave mais allons en fermer deux qui ne nous semblaient plus adaptées en termes de sécurité, explique Gregory De'eb, le patron de l'entreprise. Les grands crus ont atteint de tels prix qu'ils pourraient attirer les convoitises. Nous devons être vigilants. »
Certification qualité à tous les niveaux
La sécurité fait d'ailleurs partie des critères du système, unique au monde, établi en 2009 par la Hong Kong Quality Assurance Agency (HKQAA) de certification des entrepôts de stockage du vin. Ceux-ci peuvent, sur une base volontaire, obtenir un certificat de qualité dans deux catégories : le stockage commercial de durée limitée ou le stockage de longue durée, spécialement dédié aux vins fins. En avril 2011, treize sociétés avaient obtenu le label de la première catégorie et douze celui de la seconde. La HKQAA propose également depuis 2010 une certification spécifique au stockage chez les détaillants. Trois, à ce jour, l'ont obtenue : Galerie du vin, Langham Place Hotel et Watson's Wine Cellar, la plus grosse chaîne de cavistes de l'ex-colonie britannique. Par ailleurs, la HKQAA vient d'annoncer qu'elle proposerait prochainement un système d’agrément propre aux logisticiens.
725 000 caisses ont officiellement été réexportées l'an passé, dont 70% à destination de la Chine. Des chiffres qui ne reflètent que partiellement la réalité : 36 millions de touristes ont visité Hong Kong en 2010, dont 22 millions de Chinois qui repartent souvent avec les deux bouteilles autorisées pour ne pas payer les taxes. De même, des myriades de « petites mains » opèrent, pour le compte d'opérateurs peu transparents, un incessant va-et-vient transfrontalier souvent aux limites de la légalité. Il y a enfin la vraie contrebande, massive. « Lorsqu'on a un différentiel de taxes de 0 à 50% d'un côté à l'autre d'une frontière, l'aventure est plus que tentante », explique Vincent Bonnal, directeur commercial de Vintage Classics, importateur-distributeur basé à Shenzhen qui subit la concurrence des circuits parallèles. Les volumes et valeurs concernés sont difficiles à évaluer, mais suffisamment substantiels pour que la Chine réagisse avec un durcissement récent des lois réprimant la contrebande et « une vigilance accrue des douanes », indique Mario Aron.
Simplification des réexportations vers la Chine
Un accord entre Hong Kong et la Chine facilite cependant, depuis février 2010, les réexportations officielles vers la mère patrie avec une procédure simplifiée de dédouanement. Ouverte uniquement aux exportateurs et importateurs agréés par leurs autorités respectives, elle permet une préévaluation de la valeur des vins, avant même leur arrivée au port. Cette préévaluation, si elle est acceptée par les autorités chinoises, ouvre la porte à un dédouanement accéléré : trois jours ouvrables pour les vins ayant déjà été importés en Chine – et donc déjà référencés par les douanes – et sept pour ceux qui ne l'ont jamais été. « Le gain de temps sur la procédure normale, qui prend au moins deux semaines, est très utile », estime William Chan, directeur général de Maxxium et coprésident de la Hong Kong Wine and Spirits Coalition. Pour le moment, l'expérience est limitée à six ports d'entrée en Chine, tous situés à la frontière entre Hong Kong et sa voisine Shenzhen. « Nous ne l'utilisons pas encore, indique pour sa part Christophe Pointaux, directeur du bureau hongkongais de l'importateur-distributeur chinois Summergate, car nous importons tous nos vins destinés au marché chinois sur Shanghai. Mais dans le futur, Hong Kong pourrait constituer une alternative, surtout pour des livraisons à destination du sud du pays. »
Au-delà de la Chine, « les liaisons maritimes interasiatiques sont denses et rapides, constate Mario Aron. Plusieurs de nos clients effectuent des livraisons globales à Hong Kong que nous trions et reconditionnons pour respecter les différentes contraintes administratives, telles le contre-étiquetage, imposées par les autorités des destinations finales de réacheminement ». Autorisant une gestion plus rationnelle des flux et des stocks, « cette fonction de hub pour fournisseurs s'avère intéressante même pour les plus petits d'entre eux », assure l'homme de Giorgio Gori. De quoi diversifier et augmenter encore plus l'offre de vin en Asie ?
Les spiritueux trop et mal taxés ?
Les spiritueux importés à Hong Kong restent soumis à un droit de douane ad valorem de 100%, « en contradiction avec les préconisations de l\'OMC, estime William Chan, au nom de la Hong Kong Wine and Spirits Industry Coalition. Une taxation fixe au volume, en fonction du titre alcoométrique, serait plus conforme aux principes du commerce international et permettrait peut-être à Hong Kong de devenir, comme pour le vin, championne des ventes publiques d\'alcools rares ». Pour autant, le sujet est délicat car très lié, dans l\'esprit des autorités, à la santé publique et aux questions sociales. « Nous avons encore plusieurs années de travail pour arriver à les convaincre de la pertinence de notre position », pronostique William Chan.
En savoir plus :
Système de certification des entreprises de stockage de vin de la HKQAA :
www.hkqaa.org/en_certservice.php?catid=7&id=24
Mécanisme de facilitation des réexportations vers la Chine :
www.tid.gov.hk/english/import_export/nontextiles/wines/index.html
Ce site du Trade and Industry Department du gouvernement de Hong Kong indique notamment comment devenir exportateur agréé.


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